mardi 18 décembre 2007

Engouement pour la Colline du Printemps


Ca y est, Tel-Aviv ne sera bientôt plus reléguée au rang des villes oubliées, parmi les endroits encore rares dans le monde, à l évocation desquels il est difficile d’associer une image, une ambiance, une couleur, une idée.
Dans l’esprit du curieux, et du tout va, l’iconographie des villes et des pays se construit au grés des reportages photos, magazines papier et TV, des documentaires, des expos dans les galeries, les livres d’images qu’on feuillette par hasard dans les librairies, les brochures et les sites touristiques. Ce sont aussi et surtout les voyages.

Ces images n’intéressaient pas, voir provoquaient la surprise des éditeurs et des magazines, à l’annonce d’un sujet sur cette partie du monde.
A ce jour, très peu d images fixes sur la VIE à Tel-Aviv, ont été diffusées en Occident. Peut être les éternelles images mythiques de cité balnéaire et de ville « qui ne dort jamais ». C’est peut être aussi parce que l'on a encore du mal à se l’imaginer, que les touristes n’ayant aucun lien (religieux, économique, diplomatique, familial) avec ce pays ne trouvaient à ce jour, que peu d'intérêt à venir découvrir cette ville et le pays auquel elle appartient.

Tel-Aviv aura bientôt 100 ans, la fabrication et la diffusion de son image dans les esprits d’ailleurs est en plein émoi, en construction, à l’image des transformations de la ville elle même.

Quand j’ai décidé de diffuser sur la toile quelques unes de mes photos sur Tel-Aviv, c’est parce que très proche de la France, j’ai été sensible au décalage du public francophone dans la perception de cette ville, voir surtout le cumul d’une grande méconnaissance aux images souvent tronquées.
L’idée de contribuer et d’inciter à une meilleure connaissance de cette ville n’a pas motivé mes clichés mais le travail différent (sur le web), auquel je me suis personnellement astreinte, afin de créer un photoblog dans ma langue maternelle, qui soit entièrement dédie à ma ville et qui tente de traduire une image fidèle de ce que je vois, ce que je vis, ce que je ressens au quotidien et que j’ai considéré opportun de partager avec le public.

Je reçois parfois des messages, d’inconnus ou d’anonymes, qui me donnent envie de continuer, en m’avouant ce qu’intuitivement j’avais saisi : ils évoquent la surprise de voir des couleurs, des gens qui marchent, qui vont au café, qui dansent, il pensaient voir la guerre, ils ont vu la VIE.
Quel plus beau cadeau aujourd hui, à la lecture des messages reçus de nombreux photographes Français, m’informant de leur projet de venir photographier Tel-Aviv, que de me laisser croire, au travers de leur compliments sur mon travail, que j’ai peut être contribué à ce nouvel intérêt parmi les capteurs d’images, ceux qui ont pour passion de raconter des histoires.

Mon blog me permet de suivre l’évolution des tendances vers ici bas, Tel-Aviv, semble en devenir une, et comme disait Léo Ferré :« c’est extra ».

Tel-Aviv fêtera bientôt ses 100 ans, on lui souhaite que ce nouvel engouement issu de la Camera Obscura (qui demeure le plus beau des hommages), ait comme principal souci de toujours traduire sa réalité, et de respecter son esprit.

3 commentaires:

Sivan a dit…

hello

nice to discover too
:)

Catherine Weill-Rochant a dit…

Félicitations pour votre site et votre démarche. Je suis, moi aussi, charmée par cette ville. Je lui ai consacré quinze ans de ma vie, d'abord en coordonnant la préparation du livre "Batim min achol" de Nitza Szmuk, puis en produisant ma thèse de doctorat en urbanisme sur les plans historiques de la ville. Enfin, je prépare actuellement un atlas historique pour le centenaire de Tel Aviv qui sortira au mois de mars.

Voici le préambule de ma thèse :

TEL AVIV : une destination.

Tel Aviv prit d’abord pour moi la forme d’un paquebot blanc radieux filant, étendard au vent sur les flots bleu marine, vers l’Est. La carte postale m’avait été adressée par ma grand-mère au cours de son deuxième voyage en Israël. J’avais matérialisé l’Est comme les confins de la mer Méditerranée, d’après la grande carte de géographie accrochée au mur de ma classe préparatoire. Tel Aviv sonnait blanc, neuf, ensoleillé. Ce fut d’abord pour moi une destination avant d’être une ville.

Elle demeura d’autant plus immatérielle qu’elle ne s’associait dans mon esprit à aucun nom de pays : le mot Israël était peu prononcé chez nous, une famille de communistes antisionistes. On m’assura même que le cousin germain de ma mère, qui venait de mourir d’un diabète, « était parti pour toujours en Israël ». En même temps, j’apprenais qu'une grande tante, Pnina, « habitait une belle maison au bord de la mer » et que « là-bas » les grains de raisin étaient gros comme des cerises et les oranges comme des melons.

La mort, le soleil, les fruits démesurés, ces images contradictoires rendaient encore plus floue la destination du paquebot de la carte postale. Mon imagination se nourrissait de ce bâtiment. Ainsi Tel Aviv m’apparaissait tantôt sous la forme d’un ensemble de tours rutilantes et disparates, tantôt sous celle de villas luxueuses égrainées sur le sable.

Vingt-sept ans plus tard, en mai 1991, je tourne en rond dans Tel Aviv, canalisée malgré moi par les innombrables sens uniques qui font de la ville un casse-tête pour les touristes en automobile. J’abandonne donc la voiture rue Frishman, et rejoint la rue Gordon, quelques centaines de mètres plus loin, après avoir cheminé par une petite rue arborée. Immédiatement, un sentiment de bien-être urbain m’envahit : la rue ombragée, les petits trottoirs, le ciel vif, irradiant des pans de volumes nichés sous les arbres ; çà et là, un palmier, dans l’interstice entre deux bâtiments, un bouquet de fleurs écarlates jaillissant de la verdure. Je suis surtout charmée par le rythme régulier de couples de buissons taillés au carré qui encadrent chacune des allées d’accès aux entrées des immeubles. Je débouche rue Dizengoff : larges trottoirs, boutiques, alignement d’arbres, s’il ne s’agit pas vraiment des « Champs-Élysées » que m’avait vantés un chauffeur de taxi, il est évident néanmoins que l’artère contraste avec les rues précédentes. Une artère commerciale, des rues perpendiculaires plus étroites desservant les habitations : le paysage urbain se déchiffre facilement. Une intelligence a certainement créé ce quartier, prévu ici une venelle et là une avenue, voulu qu’entre les immeubles pousse la végétation, dessiné les

îlots d’habitation rectangulaires, divisé le terrain en lots réguliers, et ce sens engendré par la perception d’une orchestration préalable procure sans aucun doute un certain bien-être.

En regardant plus attentivement, j’aperçois entre les branches un pan de maçonnerie lépreuse. Plus loin, sous un balcon, des barres de fer rouillées affleurent, émergeant du béton. En contournant l’immeuble, je découvre un mur latéral percé d’aérateurs métalliques et vrombissant entre lesquels pendent de gros câbles noirs. Un autre coin se perd sous un bouquet de fils retenus par un clous. Un rez-de-chaussée est entièrement obturé par des parpaings. En face, une haute vitre brisée à l’angle d’un immeuble laisse entrevoir une cage d’escalier délabrée. Tout du long, des taches d’humidité maculent les enduits de plâtre.

Avec un peu de recul, la vitre se révèle appartenir à une grande verrière découpée en vitraux, surmontée d’un parapet d’angle pointant vers le ciel, telle une proue. De part et d’autre, les volumes pleins et allongés des balcons filent, stoppent devant un hublot, reprennent plus haut, puis filent encore vers la ligne d’horizon, tel un paquebot fendant le flot des voitures…

Vingt-sept ans plus tard donc, je sus ce qu’était Tel Aviv : une incroyable ville, semblable à celles, invisibles, nées de l’imagination d’Italo Calvino, qui apparaît tantôt sous une forme, tantôt sous une autre. Une ville, sans doute comme toutes les villes attachantes, qui réfléchit notre cœur et notre histoire.

D’où vient l’urbanité familière de Tel Aviv ? quelles visions, quelles idéologies reflètent ses architectures avant-gardistes ? Pour quelle société cet organisme urbain a-t-il été conçu, comment a-t-il été généré ? La ville et son histoire sont-elle aussi blanches que l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO pourrait le laisser entendre ? Telles sont les questions initiales de ce travail.

L’intérêt que je porte à Tel Aviv n’est pas le résultat d’une éducation sioniste. Ce travail n’a pas non plus été engendré par un sentiment contraire, qui viserait à nier les qualités de la ville seulement parce qu’elle fut l’emblême de ce mouvement. J’ai abordé cette ville en architecte, sans parti pris, avec la même candeur que n’importe lequel de mes collègues sérieux l’aurait fait, qu’il soit de France, d’Israël ou de Palestine, qu’il soit juif, chrétien ou musulman. J’espère que le lecteur appréciera ma démarche.


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Catherine a dit…

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