vendredi 14 mars 2008

Roméo et Juliette, autre temps, autres lieux, autres Dieux...







J’ai hésité à écrire un texte qui accompagnerait ces photos. Que raconter, quoi dire et ne pas dire? Pourquoi ne pas dire ? Pourquoi est-ce que je ressens de façon intuitive qu’il est peut être préférable que je renonce tant à poster ces photos qu’à y joindre tout commentaire. Tout d’abord parce qu’il ne s'agit pas que de moi, il ne s'agit surtout pas de moi, il est question de deux êtres, de deux artistes, il est question d’une forme d’art très libre, il est question d´une région, d’un conflit, d'interdits. Ensuite parceque de nos jours, le silence, la censure, le boycottage, l´appel à l autodafé, la peur des menaces, des représailles, la crainte pour la vie, semblent déployer toutes ses forces pour l’emporter sur « la raison », notre raison, celle qui nous permet de dire, de parler, d´ écrire, de photographier, de voir, d´entendre, celle qui rend possible l’affirmation de ses choix, la révélation d’un soi qui ne serait ni blanc ni lisse, un soi, un moi, un toi, qui serait « irréel ». Parce qu´aujourd' hui on pourrait croire que l’emportent sur « les lumières », la lumière, celle qui nous permet de dire, de voir, de lire, d´écouter, de comprendre, de savoir, de connaître, de découvrir, l’effrayant obscurantisme, l´obscurité, les ténèbres.

Il y a deux semaines à la lecture du descriptif de ce spectacle, je réservais deux places, en cherchant précisément à ne pas savoir, à être surprise par ce que j´allais découvrir. Je pouvais lire dans le programme du théâtre Inbal, où se produisent groupes de musiques et/ou danses de style dit Ethnique: Elle vient d' Israël, elle danse, Il vient d'Irak, il chante et joue du Oud, ils se sont rencontrés en Inde, ils sont unis, ils vivent en France, le spectacle porte le nom: « Djaladjil (le nom des cloches suspendues aux chameaux, dans le désert)».

Hier soir, je me suis rendue avec une amie, qui pensait que l´on allait voir un spectacle de danse Orientale, elle, qui ne va jamais assister à "ce genre de danse aux mouvements un peu trop emphatiques et à la musique un peu trop bruyante", se faisait tout de même une joie de vivre un moment rempli de couleurs, à découvrir une manifestation culturelle à laquelle elle n'avait en définitive, pas souvent l´occasion d'assister.

Sur scène, deux musiciens, un joue de la cithare, l´autre chante en s’accompagnant du Oud. Au micro, avant de débuter, le chanteur-musicien annonce que les poèmes chantés sont des chants de la tradition sufiste qui évoqueront ici « l´histoire éternelle de l´ unité de l amour entre l´homme et la femme, entre l’homme et l´ éternel et entre les peuples ».

Elle apparaît dans une robe blanche, les cheveux attachés, laiteuse, ses premiers mouvements sont contenus, retenus, parfois avec des secousses qui traversent tous les membres de son corps. On sent très nettement l´influence de la danse classique Indienne, puis les mouvements au délié parfait sont ensuite traversés par des soubresauts inquiétants qui rappellent les mouvements convulsifs des corps possédés lors des cérémonies traditionnelles de transe et de danses collectives (Inde, Sud du Maroc, Afrique de l' Ouest,…).

Puis sublimement vêtue de noir, avec une tenue plutôt inspirée des costumes d’Inde, d’Afghanistan et de la culture Tzigane, les cheveux lâchés, les mouvement se font plus sensuels, plus arrondis, bien que métamorphosée, transformée, sa danse se rapproche de la traditionnelle danse orientale.

En clôture, après avoir tourné sur place pendant plus de 15 mn sans interruption, tel un derviche tourneur, elle saute, s´élance, fait tourner sa tête et ses longs cheveux comme dans une forme d´extase désespérée.

Lorsque les paroles chantées sont parfois traduites par le musicien lui même, j´entends, plus le nom de Dieu et le « lui » plutôt que le « elle » dans ce qui semble être dit.

La symbolique de ce couple d’artistes est belle, courageuse, les mouvements sont sophistiqués, engageants, sa présence à elle sur scène envoûtante. Cependant, je n'ai pas été traversée par l´émotion. Et j´ai regretté que pour exprimer leur amour, celui entre un homme et une femme, le choix se soit porté sur des chants liturgiques qui tournent essentiellement autour de l´amour que l’homme voue à Dieu et ses prophètes, des chants qui en définitive ne semblent laisser que peu de place à la femme aimée.
Mais je n' ai peut être pas réussi à accéder à la substance des infinies métaphores possibles.
En sortant du spectacle, je me faisais la réflexion suivante: en dehors d´Israël et de la France, quels sont les pays aujourd´hui qui seraient encore prêts à accueillir sur scène un couple qui clame son amour, en dansant l´une des danses les plus subversive, accompagnée de chants traditionnellement chantés dans les mosquées.

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