samedi 26 avril 2008

Pessah: Au delà de la galette de pain azyme

CÉRÉMONIE DE PESSAH DANS UNE ÉCOLE, FÊTÉE A L'AVANCE AVANT LE DÉBUT DES VACANCES SCOLAIRES










Ce soir, en Israël, s’achèvera la fête de Pessah, la Pâque juive.

Pessah est une fête de 7 jours en Israël et de 8 jours en dehors, qui marque la naissance des enfants d’Israël, dont est issu le peuple juif. Elle commémore l’exode des Hébreux hors d’Egypte et leur libération du joug pharaonique. Les juifs ne réduisent pas la cérémonie de Pessah à une commémoration, ou au simple fait de na pas manger de produits à base de levain, à commencer par le pain.

Pour parler sommairement de cette fête dans ce post, dont je choisi le titre, je m autorise à éditer un court extrait tiré d'un commentaire écrit par un oncle non pas "flingueur", mais un oncle illustre penseur, savant décodeur des messages portés par les textes et la pensée juive, fin et brillant pédagogue dans son eternel souci de transmission aux jeunes et parfois moins jeunes générations, cela depuis sûrement un demi siècle.

Le Seder de Pessah
Après bien des tentatives et une grande variété de coutumes, un modèle de seder a fini par s’imposer, et être admis actuellement par toutes les communautés juives à travers le monde. Ce seder a été mis au point et organisé en 15 étapes, par le Rabbin Chemouel de Falaise, qui vivait en France au 13ème siècle.
Le seder, la mise en ordre en Hébreu, c’est d’abord la volonté des Sages ( Rabins, commentataeurs,...) de préserver la mémoire des événements vécus par nos ancêtres. Comme nombre de peuples l’ont fait à travers le monde, on pouvait penser que nos Sages auraient composé un récit de la sortie d’Egypte, savamment écrit, pour laisser une trace suffisamment forte et ressusciter le passé à destination des générations. On sait que le récit, en tant que tel, a toujours une force éducative incontestable.
Il risquait cependant, ce récit, répété tel qu’en lui-même, de se guinder au fil des ans, de se figer et de perdre sa vertu essentielle de gardien de la mémoire.

Les penseurs, inspirés, ont trouvé mieux. Pour susciter chaque année le même intérêt pour des événements millénaires, ils ont mis en place un rituel autour de la table familiale qui associe les jeunes aux anciens. La place faite aux enfants, durant le seder, est en effet significative ; les inviter à rester éveillés, les étonner, les écouter, provoquer leur questions, autant d’objectifs que s’impose volontiers le maître de maison à chaque seder.

Mais la famille n’est pas une cellule égoïstement fermée sur elle-même, elle a le devoir, ce soir-là d’ouvrir largement son coeur, sa porte, en accueillant le nécessiteux, l’étranger. Ce n’est d’ailleurs pas là que charité, la présence de l’étranger, de ce qui est « autre », de ce qui est étranger a soi, stimule la réflexion et l’enrichit.

Fait significatif, ce n’est pas à la synagogue qu’on lit le récit de la sortie d’Egypte comme on le fait à Pourim pour l’histoire d’Esther. La volonté manifeste, a été d’insérer le récit de la sortie d’Egypte dans un repas familial ordonné, au cours duquel l’intention est de se nourrir, certes, mais de se nourrir ce soir-là, autant d’aliments que de paroles.

La Hagada
Dans les 15 étapes du seder, la 5ème étape, la plus longue, est la hagada.
Particularité de la hagada : récit de la sortie d’Egypte, elle n’est pas lue comme serait lu uniment tout récit de ce genre. Le terme araméen (ancêtre de l’alphabet Hébreu) hagada ou agada indique une histoire dite oralement à des auditeurs.

Chacun sait que pour être pensé, tout vécu que ce soit, doit passer par des mots Pour transmettre, il faut être en mesure d’organiser les événements vécus en un récit cohérent; à défaut de cette mise en paroles le vécu resterait informe, inaudible et donc impossible à transmettre. Cette rigueur est d’autant plus nécessaire quand il s’agit de rapporter, de transmettre aux générations qui n’ont pas vécus les événements.
Le Rabbin, traducteur de l Arabe, penseur et philosophe Maimonide (12e,13e siècles) notait déjà, que le miracle n’est miracle que pour ceux qui l’ont vécu; pour les générations suivantes le miracle n’est déjà plus qu’un récit.
La hagada est plus une invitation au questionnement et à l’étude qu’une simple histoire.
Le questionnement a, dans la hagada, une place essentielle au point qu’un juif qui serait contraint de faire le seder en solitaire devra, dit la Halakha, se poser des questions à lui-même.
Les trois devoirs caractéristiques de Pessah, sont en Hébreu « pessah matsa oumaror ». Il est certes fait obligation de les accomplir mais les dire, en étudier le sens les commenter, constituent une part essentielle de cette fête.

La Matsa
La matsa (le pain azyme) symbolise la délivrance du peuple Hébreu. Le pain sans levain en souvenir, dit la Tora, de la sortie précipitée d’Egypte « en hâte nous sommes sortis d’Egypte ».

Parmi les explications nombreuses données à la matsa, en voici une que développe le Rabbin Yeouda Loew ben Bezalel, dit Maharal de Prague (16 ème siècle).
La matsa se réduit à deux éléments, nécessaires et suffisants, la farine et l’eau, sans aucun autre composant. Le Maharal voit là la définition même de la liberté humaine.
Est libre, dit-il, celui qui sait discerner au fond de lui-même les composants nécessaires et suffisants de sa personnalité et qui sait se départir de tout ce qui est superflu à sa condition d’homme libre.

Oncle Marcus, Paris

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